Avant les fictions de Studio Canal

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L’éditeur Elephant, en plus de nous faire découvrir tout un pan de la télévision américaine des années 70 avec des séries aussi emblématique que Kojak, Madigan ou Banacek, a pris l’initiative de dénicher d’autres trésors dans les archives de l’ina et plus précisément, deux productions de la télé française des années 80, tout d’abord, « Docteur Teyran » réalisé par Jean Chapot et « la traque » réalisé par Philippe Lefèvre, une excellente occasion pour nous replonger dans une télévision vintage !

En 1980, les règles ont changé à la télé, les dramatiques de qualité réalisés par les vétérans de l’ORTF (Bluwal, Failevic, Lorenzi) sont un peu passés de mode.

Dans un paysage politique désormais entaché par des nombreux faits divers (rapt du baron, Empain, assassinat du ministre De Broglie), la télévision ne pouvait plus ignorer des sujets de société d’une actualité ô combien brûlante, cette matière inespérée allait permettre à de nouveaux réalisateurs de faire leurs premiers pas à la télévision.

Ce fut le cas pour deux metteurs en scène, Jean Chapot et Philippe Lefèbvre.

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Jean Chapot, avait déjà fait ses preuves au cinéma sans vraiment convaincre avec « La voleuse » réalisé en 1966 avec Romy Schneider et Michel Piccoli et le plus réussi mais peu connu, «Les granges brûlées » en 1977 avec Alain Delon et Simone Signoret.

Après avoir connu une période faste dans les années 60 avec des classiques instantanés tels que « Don Juan» de Marcel Bluwal, Michel Piccoli était devenu l’acteur le plus emblématique du cinéma français avec les films de Claude Sautet entre autres. En 1982, « Docteur Teyran » marquait son grand retour à la télévision. Pour ne pas rester sur cette impression avec leur premier essai « La voleuse », l’acteur avait en effet promis de renouveler l’expérience avec le réalisateur.

Digne d’un fait divers, le cas du professeur Teyran, emminent chirurgien, dont le quotidien se dérègle au moment où sa fille va s’émanciper avec un proxénète, offrait également à l’acteur un rôle de composition de première classe, proche du chirurgien de « 7 morts sur ordonnance » du regretté Jacques Rouffio. Une trame qui n’aurait pas déplu à un romancier comme Simenon dont Chapot pourrait revendiquer comme source principale d’inspiration.

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Ce qui passionne le réalisateur Jean Chapot d’après ses propos rapportés à un célèbre magazine de l’époque, c’est le basculement d’un homme dans un autre cadre. A cette occasion, le premier épisode, le plus réussi, se concentre sur la progression dramatique du personnage principal. Au plus proche, la caméra de Chapot, va donc tisser méticuleusement sa toile pour mieux enfermer un Teyran dépassé par les évènements, lui qui justement a pour habitude de tout contrôler.

Si l’on peut parler de marque de fabrique, celle de Jean Chapot se résume à une mise en scène somme toute assez conventionelle mise au service d’une direction d’acteurs irréprochable. Tout l’art du réalisateur se situe dans la description méticuleuse de ces personnages, que ce soit le Docteur Teyran ou bien le flic pugnace interprété par Raymon Pelegrin qui a deviné la culpabilité de Teyran. En plein cas de conscience, celui-ci a-t-il le droit de dénoncer un homme qui a pour principale activité de sauver des vies humaines ?

Programmé en plein mois de décembre, pendant les périodes de fête, « Docteur Teyran » remporta alors un grand succès d’audience lors de sa diffusion et fut acheté dans plus de quarante pays.

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Jean chapot avec la collaboration de Nelly Kaplan allaient récidiver avec divers téléfilms réussis comme « Fait d’hiver » avec Jacques Dufilho, une prise d’otage dans une banque, qui remporta également un grand succès d’audience.

La première chaine nationale prouvait avec une certaine audace qu’il était encore possible de faire une télé de qualité en débauchant des stars du grand écran. La première chaine récidivera d’ailleurs avec la comédienne Miou-Miou pour « Une vie comme je veux », un autre carton en terme d’audience.

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La même année, « La traque », diffusée le vendredi soir sur Antenne 2 prouvait à son tour qu’une nouvelle télé émergeait avec un cette fameuse traque du gang des lyonnais.

Spécialisé dans les affaires policières, les faits divers, Philippe Lefèbvre avait déjà fait ses preuves sur la série « médecins de nuit » puis s’était fait remarquer avec une autre série en six épisodes en 1979, « Le journal », dont la trame principal, un rapt, n’était pas sans évoquer celui du Baron Empain. En parallèle, Lefèbvre évoquait les coulisses d’un grand journal nationnal en pleine crise.

Par la même occasion, cette serie donnait le beau rôle à un acteur qui avait jusque là interprété des personnages de marginaux, Philippe Léotard.

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Deux ans plus tard, Philippe Lefèbvre récidivait avec « La traque » sur le gang des lyonnais.

Le scénario, écrit par Marco Pico, réalisateur également, étais basé sur un rapport judiciaire dont s’était déjà inspiré Jacques Derogy grand reporter à L’express pour écrire son livre« Enquête sur un juge assassiné » sur le réglement de compte du juge Renaud commandité par ce même gang des lyonnais. La série ne prendra pas en compte cet évènement que le réalisateur Yves Boisset ne manquera pas d’illustrer avec son film « Le juge fayard dit le shérif ».

Le pari courageux de la série était d’adopter un parti pris assez inhabituel pour une diffusion à une heure de grande écoute, à savoir la radioscopie d’une enquête qui va très vite s’essouffler et qui au final, ne va jamais vraiment aboutir.

Tout au long des quatre épisodes, nous assistons surtout au piétinement d’une investigation partagée entre deux services, la SRPJ à Lyon et l’OCRB à Paris. De peur peut être de tomber dans la caricature facile, peu de scènes vont illustrer le parcours des caïds représenté par un tout jeune Gérard Lanvin qui retrouvera, quarante plus tard, sa place dans le film d’Olivier Marchal.

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En effet, guère banale que « cette traque » si peu haletante et héroïque mais qui met surtout en avant le contraste évident entre des flics fonctionnaires et des truands qui mènent la grande vie, une thématique déja abordée dans « French connection » lors de la filature entre le flic Gene Hackman et le truand, Fernando Rey.

Grâce à la sobriété de sa mise en scène, la série fonctionne à merveille, soutenue par un casting de gueules patibulaires tels que Marc Chapiteau, Albert Drey ou Jean-Pierre Sentier et n’oublions pas le pilier central, l’immense Bruno Cremer dont on ne dira jamais assez qu’il était le meilleur acteur de cette génération.

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Gros succès télé, « la traque » permettra au réalisateur d’enchainer avec une autre mini-série très réussie « Guerre en pays neutre » sur un groupe de résistants avec l’excellent Jacques Denis (vite une sortie DVD) et de persévérer dans le genre policier,« Le transfuge » avec Bruno Cremer à nouveau ou « Le juge » sur l’affaire du Juge Renaud, une rare tentative au cinéma qui lui permettrait de cloturer le dossier du gang des lyonnais qui aura toujours démenti cet assassinat.

Bien avant les fictions de Canal Plus, il est urgent de découvrir ces trésors de la télé qui en sont en quelques sortes les pierres fondatrices.

Posté par Roland le 23-11-2016

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