VIDEO // Yves Gibeau, calvaire d’un insoumis

Il était temps que Gibeau soit réédité ! Justice est faite !

En 1952, Allons z’enfants est un pavé dans la mare, dénonciation de la connerie humaine, quelle soit en uniforme ou pas ! Comme dirait le préfacier de cette présente édition, Michel Dalloni : « la liberté est un combat contre la connerie dont le prix est celui de la vie », ce qui résume assez bien toute l’absurdité de cette œuvre. Allons z’enfants nous décrit donc le parcours du jeune Chalumot, contraint et forcé par son père, de s’engager dans l’infanterie alors qu’il est profondément antimilitariste, un chemin de croix se dresse alors devant lui alors que les échos de la première guerre mondiale se font déjà entendre.

Au fil des années, Allons z’enfants est devenue une œuvre culte mais n’avait jamais vraiment connue de réédition digne de ce nom. Son auteur, Yves Gibeau, qui ne fût jamais vraiment reconnu de son vivant, rejoint un fameux cortège de déclassé que le Dilettante a le bon goût de remettre en avant  : Henri Calet, Eugène Dabit, Raymond Guérin et bien évidemment Georges Hyvernaud, presque frère d’armes et de misère de l’auteur. A l’occasion de cette réédition L’œil du témoin vous propose une vidéo-témoignage exclusive, Calvaire d’un insoumis où le réalisateur Yves Boisset et le comédien-réalisateur Lucas Belvaux nous parlent de Gibeau, l’écrivain et l’homme.

Ces témoignages avaient fait partie d’un ensemble de bonus pour le coffret Yves Boisset sorti en 2014 par l’éditeur Tamasa qui comprenait trois films encore inédits en DVD : R.A.S, Le Prix du danger et bien sûr Allons Z’enfants. A cette occasion, Yves Boisset nous parle de l’un de ses films les plus personnels et qui fut malheureusement un échec commercial dont il eût du mal à s’en remettre. En Chalumeau/Chalumot, Boisset s’y reconnaissait. D’autant plus que l’élève Chalumeau exprimait l’envie de faire du cinéma avant de rencontrer un destin tragique.

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Pour le rôle de Chalumeau, le double de Gibeau, Boisset avait fait appel au débutant, Lucas Belvaux qui ferait bientôt parler de lui comme réalisateur engagé, à l’image de l’un de ses pères spirituels. Pour illustrer les propos des deux hommes, nous avions eu l’autorisation de Gérard Rondeau d’utiliser de magnifiques photographies sur Gibeau tiré de son ouvrage, Les fantômes du chemin des dames : le presbytère d’Yves Gibeau paru aux éditions du Seuil, et que nous vous recommandons. Ces clichés permettaient justement d’offrir un temps de pause nécessaire dans les propos des deux réalisateurs.

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Grand ami de l’auteur et ce jusqu’à la fin de sa vie, Gérard Rondeau reconnaissait l’utilité d’évoquer le parcours de Gibeau. Il avait néanmoins émis quelques réserves sur certains faits inexactes évoqués par nos deux intervenants. Yves Boisset, toujours très en verve, avait surenchéri sur le côté obsessionnel de l’écrivain, rapport au fameux Chemin des dames de sinistre mémoire. De là à recréer « un musée » à base de munitions et autres éclats d’obus recueillis sur ces terres maudites, comme nous l’affirme Boissset, il y a peut être une légère marge de manœuvre… Quant à Belvaux, il se trompe d’ouvrage en citant La ligne Droite. Gibeau était bel et bien dans la résilience, obsessionnelle certes, mais avec certaines nuances. Les témoignages sur l’écrivain étant bien trop rares pour s’en dispenser. Gérard Rondeau semblait tout de même d’accord avec la fameuse tirade Fordienne tirée du film L’Homme qui tua Liberty Valence : « Quand la légende dépasse la réalité, on publie la légende… »

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Posté par Roland le 25-05-2016

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