#03. Deux questions à… Fabrice Martin

Constat édifiant : en 2016, les projets français s’appellent Les Visiteurs 3, les Tuche 2, Camping 3, Brice de Nice 3, Boule et Bill 2, et consorts. Le retour de Promouvoir, ayatollah de la sacro-sainte Morale Médiévale n’arrange rien. Résultat : on ne peut que constater que la marge de notre cinéma a de plus en plus de mal à être visible en salle (les quelques salles pour Evolution de Lucile Hadzihalilovic) quand ils ont la chance d’y arriver (le Made in France de Nicolas Boukhrief qui finit en VOD, les titres qui finissent uniquement en vidéo comme Alone, Night fare ou Dealer). Du coup, nous avons décidé de contacter plusieurs flibustiers du cinéma de genre qui tentent de donner vie à cette marge, pour leur poser deux questions : « Pourquoi le cinéma de genre français a-t-il tant de mal à exister ?« , et « Quels sont tes projets ?« . Une manière de faire le bilan, de donner la parole aux intéressés. Pour ce troisième épisode, nous donnons la parole à Fabrice Martin, un jeune cinéaste qui finalise actuellement Black gate, son premier long-métrage horrifique indépendant.

Pourquoi le cinéma de genre français a-t-il tant de mal à exister ?

Tout d’abord, il faut rappeler que c’est historiquement en France, en 1887 que sont apparus les premiers spectacles d’horreur, prédécesseurs du genre au cinéma. De plus, il existe aussi une littérature fantastique foisonnante chez nous, comme Jules Verne, Antoine de Saint-Exupery, et tant d’autres. Déjà dès le départ, les producteurs ont coulé le cinéma de genre en se limitant principalement à de comédies franchouillardes calibrées et sans âme, sans aucune variation sur d’autres genres de film ou très très peu jusqu’à récemment. Je pense que c’est pour ça que le public français en majorité n’ a pas adopté les films de genre.

Puis la France est culturellement statique. Elle n’ évolue pas. Je pense que c’est à cause de ce qui sont au pouvoir de la production cinématographique. C’est l’ancienne génération qui tient les manettes : des français qui ne savent pas rêver et qui font du cinéma réel, pied-à-terre. Les producteurs d’aujourd’hui ne veulent plus prendre de risque. Ils veulent que leurs investissements soient rentabilisés instantanément, ce qui tue l’art quelque part.

En Amérique, c’est un peu la même chose : depuis l’an 2000, on a vu la prolifération des blockbusters qui se suivent et se ressemblent, avec chaque fois la même recette : on oublie les scénarios, et on abuse des CGI. Mais les entrées sont fracassantes, alors pourquoi changeraient-ils ? Si la méthode paye… Au risque de paraître pessimiste, nous sommes entrés dans le règne de l’idiocratie. A cause de cela, on est en train de détruire toute tentative un tant soit peu novatrice. En Amérique, heureusement le cinéma fantastique et horreur continue tout de même à survivre mais à petite échelle. On est bien loin des année 70 et 80 qui nous ont fait tant rêver. Bien sûr, le marché américain permet d’atteindre une rentabilité plus facilement.

En France, les amateurs de film d’horreur sont une cible plus que négligeable. Pourtant, il y a des tentatives réussies, comme Le Jour de la comète, sorti il y a un an. Il est signé par trois jeunes artistes vraiment talentueux: Hervé Freiburger, Sébastien Milhou et Cédric Hachard. C’est un film à sketch admirablement bien écrit, avec un travail remarquable sur la photographie et une réalisation ambitieuse. Produit avec un budget de 200 000 €, c’est pour moi un des meilleurs exemples de ce que le cinéma français fantastique devrait avoir à offrir. Pourtant, aucun producteur français, aucune chaine de télé (sauf Ciné FX et NoLife) ne les a aidé à distribuer leur film. Le CNC leur a refusé un numéro de visa, parce que le film n’ a pas coûté assez cher (certaines personnes ont travaillé bénévolement). Du coup, il n’a pas pu être diffusé en salle. Une honte !

Tout un pan de la profession me semble vérolé et trop figé. Heureusement, qu’il y a des grands, comme Christophe Gans et Alexandre Aja qui viennent faire contre poids, mais ils ne sont pas assez nombreux. D’ailleurs, ce n’est pas étonnant de les voir travailler en Amérique le temps d’une ou plusieurs productions. J’espere qu’un jour une « nouvelle vague du genre » viendra avec de nouveaux scénarios, de nouvelles idées, de nouvelles formes. Pour ça, il y a un public, c’est une certitude.

– Quels sont tes projets ?

Pour le moment, je prépare la sortie de La Porte noire (The Black gate) dans les festivals à la fin de l’année. Si je réussis à le vendre, je pense investir dans du matériel, et j’ essaierai de trouver un producteur pour réaliser soit un court, soit un autre long. Dans le cas contraire, retour au courts-métrage.

Un long, monté hors des systèmes, c’est beaucoup trop d’investissement humain.

Merci à Fabrice Martin.

Posté par Sylvain Perret le 26-05-2016

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