#01. Deux questions à… Fabrice Lambot

Nouvelle rubrique sur L’Oeil du témoin ! Constat édifiant : en 2016, les projets français s’appellent Les Visiteurs 3, les Tuche 2, Camping 3, Brice de Nice 3, Boule et Bill 2, et consorts. Le retour de Promouvoir, ayatollah de la sacro-sainte Morale Médiévale n’arrange rien. Résultat : on ne peut que constater que la marge de notre cinéma a de plus en plus de mal à être visible en salle (les quelques salles pour Evolution de Lucile Hadzihalilovic) quand ils ont la chance d’y arriver (le Made in France de Nicolas Boukhrief qui finit en VOD, les titres qui finissent uniquement en vidéo comme Alone, Night fare ou Dealer). Du coup, nous avons décidé de contacter plusieurs flibustiers du cinéma de genre qui tentent de donner vie à cette marge, pour leur poser deux questions : « Pourquoi le cinéma de genre français a-t-il tant de mal à exister ?« , et « Quels sont tes projets ?« . Une manière de faire le bilan, de donner la parole aux intéressés. On commence avec Fabrice Lambot, qui ne cesse de multiplier les projets frondeurs qu’on espère découvrit très rapidement. Fondateur de Metaluna production, producteur (Aux Yeux des vivants, Achoura, Theatre Bizarre), réalisateur (Le Sang du châtiment), il était le mieux placé pour ouvrir les festivités. Rideau !

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Pourquoi le cinéma de genre français a-t-il tant de mal à exister ?

Parce que les décideurs en France n’y croient pas, et en particulier les distributeurs, qui dépendent des envies des exploitants. Les exploitants, hormis dans les salles Art & Essai qui reçoivent des aides et ont une démarche différente, cherchent principalement à remplir leurs salles et à vendre du popcorn. A partir du moment où le cinéma fantastique est globalement assez mal vu et le cinéma fantastique français encore moins bien, du fait des films fragiles sortis ces derniers temps, les exploitants n’en veulent pas, donc les distributeurs sont moyennement motivés pour en sortir, et du coup les diffuseurs sont devenus frileux aussi. Seuls les vendeurs internationaux jouent le jeu plus ouvertement car pour eux les films français de genre s’exportent plutôt pas mal. Et plaisent à l’étranger bien plus qu’en France. On le voit sur Aux Yeux des Vivants, que j’ai produit, qui vient de sortir en Grande-Bretagne et a de très bonnes critiques, idem aux US, alors qu’en France c’était beaucoup plus contrasté. Le public anglo-saxon est bon public, bien plus que le public français. On souffre donc de moyens flagrants pour produire des films qui fassent le poids par rapport aux films américains par exemple, en tout cas au niveau de la distribution, mais il faut aussi avouer qu’il y a un gros déficit de qualité d’écriture en France au niveau des scénarios. C’est un vrai métier, ça ne s’improvise pas vraiment, c’est un chemin de croix pour les scénaristes car dans le processus de développement ce sont eux qui sont le moins mis en valeur, donc il y a peu de scénaristes qui en vivent, et donc nombre de réalisateurs s’improvisent scénaristes et ça coince au niveau du résultat. Tant qu’il n’y aura pas un vrai film fantastique français, disons à la Blumhouse, qui cartonne en France, rien ne bougera vraiment.

– Quels sont tes projets ?

Nous produisons le nouveau film de Joe Dante, Labirintus, que l’on tourne fin juin, c’est un thriller supernaturel qui fait très peur. On a aussi en développement le nouveau Douglas Buck, qu’on devrait tourner cet automne. On travaille aussi sur un nouveau Maury & Bustillo. On développe aussi un documentaire mystère dont le nom de code est K.A.W. On produit aussi le premier long métrage de Yann Danh, Implacable, sur lequel on a un beau casting, et qu’on espère tourner d’ici la fin de l’année. Dans le genre purement fantastique, on a dealé pour produire 3 longs métrages fantastiques français, des petits budgets reposant sur des concepts forts et qu’on va tourner en anglais sans doute. Le premier d’entre eux est réalisé par Fabrice Blin, dont on a produit le court Mandragore et le documentaire Super 8 Madness. Et The Theatre Bizarre 2 repointe le bout de son nez…

Remerciements : Fabrice Lambot.

Posté par Sylvain Perret le 12-04-2016

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