Putain de bande originale !

Je vous parle d’un temps que les moins de quarante ans ne peuvent pas connaître, un temps où le sida commençait à faire ses ravages et où le mariage pour tous n’était guère envisageable dans la France assagie des années 80.

A cette époque, le cinéma français, également bien sage, ne connaît qu’un seul empêcheur de tourner en rond en la personne de Bertrand Blier. Ses gauloiseries ont fait leurs preuves avec « Les valseuses » et « Préparez vos mouchoirs ». Pourtant Blier a un coup de mou, il se remet difficilement d’expériences malheureuses. Il faut bien l’admettre, un acteur comme Dewaere n’aurait jamais dû se tirer une balle, avec ce geste irréparable, le cinéma français connaît un avant et un après, la donne a bel et bien changé, Blier à dû mal à s’en remettre. Faute de son trio d’origine, « La femme de mon pote », pourtant avec un casting prestigieux n’est pas la réussite escomptée, « le parler Blier » a du mal à trouver ses marques entre Lhermitte, Coluche et Isabelle Huppert, l’alchimie a du mal à prendre entre les trois comédiens, la formule du trio s’effrite et ce, malgré un J.J Cale pour la Bande Originale.

 

jj cale blier

 

Deux ans plus tard, Blier nous la joue mélo avec « Notre histoire », le choix de Delon alors au sommet de nanars notoires est «un coup» médiatique plutôt bien pensé mais on ne joue pas impunément avec le feu. Un document tiré des archives de l’émission « Cinéma Cinémas », nous montre un Delon exécrable sur le tournage devant un Blier qui a l’air de s’écraser. Les rapports sont houleux entre les deux hommes, peu probable que Delon ait compris un traître mot de ce scénario et que Blier ait eu envie de s’acoquiner avec un acteur aux antipodes de sa bande de fidèles. Même si Delon obtient son César, l’affaire est classée sans suite.

 

delon blier

 

Les valseuse (le retour)

Force est d’admettre que Blier s’est assagi. Seulement,  le grand fauve n’a pas dit son dernier mot. Il va se refaire une santé avec une formule rodée : le trio infernal ! Déguisé en femme cette fois, la mode étant aux travestis après des films tels que « Tootsie » ou « Victor Victoria », Blier va nous faire son Wilder, « Un certain l’aime chaud » sauce coq au vin !

 

tenue de soirée trio 3

 

Ce nouveau ménage à trois connaît tout de même un problème de casting, il faut encore trouver un remplaçant à Dewaere. D’abord proposé à Bernard Giraudeau, réticent, qui passe à côté d’un grande composition, le rôle échoit à Michel Blanc. C’était la grande tendance à l’époque de confier des rôles à contre-emploi aux comiques (Coluche pour « Tchao Pantin », Auteuil pour « Jean de Florette »). Cette fois la sauce va prendre et Blier reprendre du poil de la bête. Après le succès de « Tenue de soirée », Blier va entrer dans sa période la plus productive et la plus sombre aussi avec des films qui sont autant de brûlots : « Trop belle pour toi », « Merci la vie », « Un, deux trois soleil », et sera l’initiateur du film de Michel Blanc, « Grosse fatigue ».

Au parfum de scandale, l’affiche proclamait un slogan prometteur : « Putain de film ! » en lettres majuscules, et par la même occasion, de déclencher une polémique sur le droit d’afficher de pareils immondices, cette campagne médiatique lance le grand retour des « valseuses » !

 

putain de film !

 

Des années plus tard, le même type d’affiche coûta au film de Bernard Stora, « Vent de panique » de rejoindre le purgatoire des grandes farces incomprises. De « Putain de film ! » nous étions passé à un « salopes !! », seul lien qui semblait rattacher Giraudeau à l’embarcation refusée de  » Tenue de soirée » ! Malgré tout, dans un rôle de vieux beau, Giraudeau y faisait des étincelles.

 

salopes !

 

Parlons maintenant de la musique de ce film, un tournant du cinéma français de cette époque. La mode était à l’androgyne, même Gaisbourg s’affichait en trav’, il semblait tout à fait naturel que Blier lui demande de composer la partition musicale d’un film aussi barré.

 

gainsbourg love the beat

 

L’auteur/compositeur/interprète n’en n’est pas à son coup d’essai, ni pour le cinéma (il a composé plus de vingt musiques pour le grand écran), ni pour ce réalisateur avec qui il avait déjà travaillé sur « Si j’étais un espion ». Ce qui va s’avérer être sa dernière partition pour le septième art est très intéressante à écouter en détail suite à la parution chez Musicboxrecords de l’intégrale du score agrémenté de titres inédits. La musique du film est très connotée « Love and the beat », l’album que Serge Gainsbourg a sorti quelques mois plus tôt (comme dans « Travaux », piste 5). Malgré tout, on y retrouve également son goût pour les ballades sucrées et acidulées (exemple avec « Travelling » le premier morceau de l’album).

Comme le confirme le réalisateur dans le livret inclus avec le cd, l’univers du film et celui de Gainsbourg se rejoigne particulièrement à cette époque là. Il s’autorise même des parties chantées (mais pas par lui) comme dans « Travelure », le morceau numéro 6. Le film est rempli de thèmes forts et finalement assez différents les uns des autres. Certains peuvent même surprendre par leur apparente douceur (« Entrave », la piste 7) et on peut même tomber parfois proche du thème vaguement populaire sans que cela soit péjoratif (« Travers », numéro 8).

Mais, ce qui saute aux oreilles, c’est une profonde mélancolie qui se dégage de la plupart des titres, mention spéciale à « Traveste » et « Trave ». Il y a six morceaux inédits dans cette version intégrale qui, au final, n’apportent pas grand-chose à part évidemment leur rareté. Ce sont surtout des dérivés des autres morceaux. Mention spéciale quand même à « Traversin », la piste 18, avec son rythme funky qui redonne un certain souffle à ces différents titres. Reste un album très homogène, emblématique de son auteur et de son époque.

 

Une des plus belles bandes originales des années 80.

 

Antoine Szylowicz et Roland-Jean Charna

 

tenue-de-soiree

 

 

Posté par Roland le 01-04-2015

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