A la place du mort

Les passagers de Serge Leroy (1977)

 

Avec Jean-Louis Trintignant, Bernard Fresson, Richard Constantini, Mireille Darc

Scénario : Serge Leroy et Christopher Frank

Musique : Claude Bolling

 

Les passagers titre

 

Voir ou revoir Les passagers de Serge Leroy, réalisateur iconoclaste (La traque, Légitime violence entre autres), suite à la sortie chez nos amis de Music Box des deux bandes originales du film (Claude Bolling pour l’officielle et Eric Demarsan pour celle non retenue par la production, incluses sur le même CD), c’est se plonger dans le cinéma de genre français des années 70 et dans une moindre mesure 80.

 

On ne le dira jamais assez, mais la grande force de ce cinéma est de faire rentrer le spectateur très vite dans l’histoire. Parfois même, comme c’est le cas ici, au milieu des évènements que l’on va nous raconter ensuite. Au moment du générique, nous sommes dans la voiture (comme passager) de Jean-Louis Trintignant, qui traverse une petite ville italienne (plans de l’intérieur de la voiture, qui donnent déjà le ton du film). Et, très vite, on apprend qu’il est là pour ramener son nouveau beau-fils à Paris dans ce même véhicule (la R5 de sa nouvelle femme qui habitait précédemment en  Italie, jouée par Mireille Darc). Ensuite, tout s’accélère. Dès la fin du premier quart d’heure, l’enfant (plutôt préadolescent et très mûr pour son âge, joué par Richard Constantini qui avait débuté dans Un sac de billes de Jacques Doillon et que Serge Leroy reprendra pour Attention, les enfant regardent par la suite, peut-être le point faible du film à mon avis) détecte une camionnette de couleur sombre qui les suivraient depuis le départ de l’école du gamin (impossible à ce moment là de ne pas penser à Duel de Spielberg, tourné quelques années auparavant.

 

Les passagers camionnette 2

 

La suite nous confirmera que le film de l’américain a été indiscutablement une des sources d’inspiration du réalisateur). Les dialogues signés entre autre de Christopher Frank (comme le scénario d’ailleurs, écrit avec le réalisateur), plutôt très bon dans cet exercice généralement (surtout dans ses films, Josepha ou encore Femmes de personne pour ne citer que ceux là), sont un tout petit peu trop écrits mais prennent parfois de la hauteur, surtout dans la bouche de Bernard Fresson, le méchant du film et conducteur de la camionnette. Car, contrairement au film de Steven Spielberg, le visage et le corps du poursuivant ainsi qu’une partie de ses motivations vont nous être révélés assez vite dans la première moitié du film. Avoir choisi cet acteur est incontestablement une des grandes réussites, car depuis son interprétation dans « Max et les ferrailleurs » de Claude Sautet, il représente l’archétype de ce genre de personnage dans l’inconscient collectif.

 

Les passagers fresson 1

 

Vient ensuite une folle course poursuite sur la route de Paris jusqu’au climax final. Nous ne raconterons pas ici la suite de l’intrigue en détails pour garder un peu de suspens mais parlons un peu de la musique. Tout d’abord, celle retenue au final par la production (avec l’accord du réalisateur), écrite par Claude Bolling (Borsalino, Le magnifique) est une variation de deux thèmes jazzy qui marchent parfois assez bien sur les images mais qui manquent aussi par moment de peps.  La musique de Demarsan (L’armée des ombres, Les spécialistes) est un peu plus psychédélique dans son genre mais assez représentative de ces années là. On regrette presque de ne pas pouvoir voir le film avec cette BO. Signalons quand même la qualité assez incroyable de cette édition limitée et le travail fourni pour nous permettre de découvrir cette œuvre. Dommage que le film, lui, ne soit pas disponible en DVD et qu’il soit si rarement diffusé à la télévision.

 

Antoine Szylowicz

 

les-passagers

Disponible chez Musicbox

Posté par Roland le 04-11-2014

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