LES AMOUREUX SONT SEULS AU MONDE… COMME DIT LA CHANSON

par Clara Laurent

Le 15 septembre 1948 sort sur les écrans un nouveau film d’Henri Decoin, Les Amoureux sont seuls au monde. La critique fait alors la fine bouche, le public boude le film. Didier Decoin, romancier et fils du réalisateur, se souvient pourtant que son père aimait beaucoup ce film avec Louis Jouvet, Renée Devillers et Dany Robin. Une œuvre profonde et très personnelle, dont la nouvelle édition Blu-ray chez Pathé (avril 2018) permet la redécouverte et la réévaluation. Analyse d’une pépite.

Un titre programmatique, une phrase prononcée par un des personnages du film, Monelle, incarnée par la jeune Dany Robin: « Les amoureux sont seuls au monde ». D’amour, il est bien question de bout en bout dans ce film qui débute comme une comédie sophistiquée et finit en tragédie. C’est Henri Jeanson qui est crédité au scénario (1) mais il semble, d’après les recherches de Christophe Moussé (2), qu’Henri Decoin ait mis plus que la main à la pâte pour concocter cette histoire solidement charpentée. Il faut dire que Jeanson était plus doué pour les dialogues (brillants, parfois trop…) que pour la structure narrative des scénarios. Il faut remarquer aussi qu’Henri Decoin avait de quoi nourrir cette histoire de sa sensibilité et de son expérience personnelle.

Henri Decoin et les femmes.

Né en en 1890, cet autodidacte, champion de natation, héros de la Grande guerre, écrivain, journaliste, puis cinéaste, en était à son quatrième mariage en 1948. Sa deuxième épouse, la comédienne Blanche Montel, avait été remplacée en 1935 par la très jeune Danielle Darrieux, star qui chavire bientôt les cœurs de tous les Français avec les films que réalise son époux (de 27 ans son aîné) : Le Domino vert (1935), Abus de confiance (1937), Mademoiselle ma mère (1937), Retour à l’aube (1938), Battement de cœur (1940). Darrieux et Decoin, c’est une collaboration plus que fructueuse au cinéma, mais dans la vie, c’est plus compliqué. Les sentiments bientôt s’émoussent, Henri s’éprend d’une amie de Danielle, jeune figurante présente sur le tournage de Retour à l’aube, Jeanne Charpenay (future maman de Didier). Danielle ne tardera pas à convoler avec un playboy dominicain au nom exotique, Porfirio Rubirosa. L’amitié est sauve entre DD et Henri, ce dernier engageant encore la star dans une comédie à l’américaine qui fait un carton en 1941 : Premier rendez-vous. Le producteur, un certain Alfred Greven (cf. entretien avec Robert de Laroche), se frotte les mains : les films hollywoodiens sont bannis des écrans français et le public hexagonal se console avec ce nouvel opus « DDD », qui n’a rien à envier au brio des meilleures screwball comedies. C’est qu’Henri Decoin a fort appris de son séjour aux États-Unis en compagnie de Danielle Darrieux en 1937-1938, lorsque celle-ci tournait pour Universal La Coqueluche de Paris (The Rage of Paris, Henry Koster, 1938). Cette efficacité acquise en hantant les plateaux américains et en observant ses confrères d’Hollywood, cette alacrité dans la mise en scène, le réalisateur les mettra à profit dans Les Amoureux sont seuls au monde… Mais ce film ne sera pas que cela, pas qu’une comédie légère. Avec ce nouveau film, Decoin se pose la question, cruciale à ses yeux, de la pérennité de l’amour entre un homme et une femme. De la possibilité pour un couple de durer, en s’aimant comme au premier jour. Louis Jouvet, son contemporain (il est né en 1887), est choisi pour jouer Gérard Favier, un compositeur et professeur de musique de renom, dont la relation de près de 20 ans avec sa femme (Renée Devillers) est remise en question par le surgissement d’une jeune pianiste au doux visage (Dany Robin).

Triangle amoureux : Jouvet, Devillers et Robin.

Si le personnage de Gérard Favier peut être vu comme un double d’Henri Decoin, il peut aussi être considéré comme un avatar de Louis Jouvet. Au début du film, lorsque Monelle, la jeune pianiste, donne du « maître » au grand compositeur dont elle interprète la musique, Sylvia, l’épouse, se récrie : « Ne l’appelez pas maître, il a horreur de ça. » Tout comme Jouvet, professeur d’art dramatique qui voulait qu’on l’appelle « patron », en qualité d’entrepreneur de théâtre qu’il était. Jouvet partage avec Favier le statut de « grand homme » respecté, admiré, passionné par son art, et un brin caustique (3) ! Mais l’analogie ne s’arrête pas là. Jouvet était un homme à femmes. Marié de longue date avec une Danoise (qui lui a donné trois enfants), il ne pouvait s’empêcher de succomber aux charmes de femmes bien plus jeunes. Les plus fameuses furent Lisa, danseuse à Paris et fille adoptive d’Isadora Duncan, puis la jeune comédienne Madeleine Ozeray. Un film de Duvivier immortalise en 1939 leur relation : La Fin du jour. Quelques mois après, Madeleine Ozeray fricote avec Max Ophüls en Suisse sur L’école des femmes, film prévu avec Louis Jouvet, et suspendu de ce fait – mais ceci est une autre histoire.

Dans Les Amoureux sont seuls au monde, Gérard Favier aime sincèrement sa femme. On le comprend ! Renée Devillers prête ses traits à ce personnage profond, intelligent, pudique, au charme subtil et à l’élégance morale impeccable. Au départ, le rôle devait revenir à Madeleine Renaud. Le contrat était même signé, mais le chef opérateur, Armand Thirard, ne tarde pas à constater que l’actrice paraît trop vieille à l’image. Il a beau user de subterfuges variés, rien n’y fait. Née en 1900, la femme de Jean-Louis Barrault est trop marquée. Cela ruinerait le scénario, car il faut que l’épouse de Favier soit encore suffisamment fraîche pour que le spectateur la trouve désirable, et que la concurrence avec la jeune première soit plausible. C’est cruel, c’est affreux, mais c’est ainsi. L’humiliation est cuisante pour la grande dame du théâtre, Jean-Louis Barrault est furieux que sa femme soit ainsi traitée. Renée Devillers, elle, est née en 1902, mais elle est parfaitement crédible. Miracle de la génétique ? Miracle de la photogénie ? Quoi qu’il en soit, c’est elle qui remplace Madeleine Renaud, et osons-le dire, le spectateur gagne au change, et pas pour des histoires de rides, non, parce que cette actrice, aujourd’hui moins connue des cinéphiles que Madeleine Renaud, est tout simplement sublime. Grande actrice de théâtre, on se demande pourquoi elle n’a pas fait une plus grande carrière au cinéma, tant son jeu tout en retenue et en délicate précision se révèle captivant. Elle tourna un premier film muet en 1924, puis des rôles souvent secondaires dans les années 1940-50, dont J’accuse (Abel Gance, 1938), Le Voile bleu (Jean Stelli, 1942), ou encore Untel père et fils (1943), film de Julien Duvivier où elle est déjà aux côtés de Jouvet pour une apparition somme toute furtive. Les années cinquante lui offriront encore notamment le rôle de la mère du héros du Blé en herbe (Claude Autant-Lara, 1953), d’après Colette, ou un rôle amusant aux côtés de Fernandel dans Coiffeur pour dames (Jean Boyer, 1952).

Dans le film de Decoin, Renée Devillers, toute séduisante qu’elle est, voit donc son bonheur conjugal menacé par une jeune rivale incarnée par Dany Robin. Actrice aujourd’hui quelque peu oubliée, elle fut pourtant une vraie vedette entre la fin des années quarante et la fin des années cinquante. Son étoile pâlit dans la décennie suivante, certainement en raison de la concurrence de visages nouveaux plus modernes. Un redémarrage de carrière sembla s’amorcer en 1969 avec sa participation dans le film d’ Alfred Hitchcock L’Étau (Topaze, 1969), mais son mariage avec un riche homme d’affaires la fit s’éloigner à jamais des écrans de cinéma. Notons au passage que Dany Robin partage un point commun avec un second rôle des Amoureux sont seuls au monde, je veux parler de Brigitte Auber, qui tourna elle en 1954 : La Main au collet (To Catch a Thief) sous la direction du maître du suspens… Avouons-le, autant Renée Devillers émeut le spectateur d’aujourd’hui, avec son interprétation tout en finesse, autant le jeu de Dany Robin paraît très daté. Est-ce sa voix de petite fille qui passe mal ? Son visage est exquis, et sa bouche pulpeuse peut paraître moderne pour l’époque, mais Dany Robin est un peu crispante. Est-ce parce que son personnage dans le film de Decoin se révèle antipathique ? Même dans un film aussi réjouissant et inventif que La Fête à Henriette (Julien Duvivier, 1952) où elle incarne une jeune femme enjouée, Dany Robin agace. Appréciation, il est vrai, subjective, qui n’engage que l’auteure de ce texte.

On ne badine pas avec l’amour.

La naissance de l’amour du mûr Favier pour la jeune Monelle est orchestrée par Henri Decoin d’une manière saisissante. Au fond, il s’agit presque d’un coup de foudre auditif, mâtiné d’un soupçon de narcissisme. Favier, accompagné de son épouse, se promène dans une rue de l’île Saint-Louis, lorsqu’il entend inopinément au piano ses compositions s’échapper d’une fenêtre du rez-de-chaussée d’un immeuble. Le musicien s’arrête, saisi. Petit frisson d’autosatisfaction : un compositeur contemporain aime forcément à être joué. À l’oreille, il fait le portrait de « la » pianiste (il affirme à sa femme que c’est bien une et non un pianiste) : elle est jeune, parce qu’elle « joue bleu », mais elle a de l’imagination et de la profondeur. Bref, le maître est conquis, sans même avoir vu la responsable de cette musique qui le ravit. L’épouse ne s’y trompe pas : « Oh, tu divagues ! » lui reproche-t-elle légèrement quand il s’emballe à décrire cette interprète. Ce moment du film est d’autant plus habile que Decoin ménage le suspens : le couple repart sans avoir vu la pianiste, et ce n’est qu’in extremis que la jeune fille ouvre sa fenêtre pour laisser découvrir son délicieux minois. Au lieu d’entrer dans l’appartement de Monelle par la porte, Favier pénètre par la fenêtre, et cette sorte d’effraction semble le début d’une transgression fatale. Doit-on y voir un symbole sexuel ? Peut-être bien. Jeanson ne fait-il pas dire au confident de Favier : « Consulte un psychanalyste, il te débarrassera de ton complexe Monelle ! » Confident joué par un proche de Louis Jouvet, Léo Lapara.

Monelle joue donc « bleu », selon le mot de Favier. Dany Robin, lorsqu’elle fait sa déclaration d’amour à Favier la première fois, paraît jouer également bleu – pour ne pas dire faux. Une seconde vision du film peut faire reconsidérer cette séquence et ce jeu « vert » de la jeune première. L’amour de Monelle pour le compositeur lui a été soufflé par son entourage : d’abord un journaliste à scandale qui a envie de lancer une rumeur pour vendre du papier, puis sa famille et ses amis qui ont tous l’air de trouver cet amour plausible et normal. Tout se passe comme si Monelle s’était construit un « amour de tête », un amour de vanité, très factice. Dany Robin déclare sa flamme à un Jouvet éberlué, comme « une scène à jouer » au Conservatoire, sortie tout droit d’Entrée des artistes, ce film de Marc Allégret (1938) où Jouvet incarnait son propre rôle de professeur de Conservatoire. « Je vous aime ! La preuve que je vous aime, c’est que je vous l’ai dit ! » lance la jeune première, le corps rigide, à l’instar d’une comédienne qui ne saurait pas occuper l’espace avec naturel. Ce jeu faux de Dany Robin a été très certainement voulu par Henri Decoin, afin de signifier la vacuité de l’amour de la jeune fille, qui croit à sa propre parole performative. Parole qui fonctionne certes pour se marier devant un maire, mais pas nécessairement pour aimer. Par contraste, Henri Decoin a su diriger Renée Devillers de telle façon que tout son corps exprime par son mouvement son amour vrai : admirable de fluidité lorsqu’elle guinche au début du film, ou lorsqu’elle traverse, ondoyante, le salon de la maison, donnant un léger baiser sur le front de son mari au passage… De la fenêtre de ce salon, on aperçoit Notre-Dame. Paris est très présent dans Les Amoureux sont seuls au monde. Sans aller jusqu’à dire que Paris fait figure de personnage à part entière, le spectateur d’aujourd’hui a plaisir à déceler dans ce film une peinture précise de la capitale aux lendemains de la guerre.

Paris, 1948.

Si au début des Amoureux sont seuls au monde Decoin promène sa caméra dans des rues de l’île Saint-Louis intemporelles, il multiplie par ailleurs les signes précis d’une époque. Jouvet déjeune au Berkeley, restaurant du 8e arrondissement où le Tout-Paris, politique et artistique, se retrouve. La faune présente au concert de Monelle et Favier, avec ses critiques musicaux coriaces, son public composé de jeunes amateurs et de snobs, et Henri Sauguet à la baguette (le compositeur de la musique du film !), donne une sensation de vérité documentaire. Parmi ce public, on remarque Brigitte Auber, future vedette de Rendez-vous de juillet (Jacques Becker, 1949), film sorti quelques mois après et portant justement sur la jeunesse de l’après-guerre. Quand Monelle se fait installer le téléphone chez elle, quelqu’un remarque qu’elle a de la chance qu’un monsieur des PTT se déplace en pleine pénurie de matériel.

Mais le personnage du film qui exprime avec le plus d’acuité les enjeux de cet après-guerre, c’est Jules, le frère de Monelle, joué par le jeune Philippe Nicaud. Jules, qui trouve son prénom ridicule et veut se faire appeler « Douglas », est un jeune homme exalté, en pleine révolte contre son père. Il juge la décoration de l’appartement vieillotte et factice, l’odeur rance. « Il faut en finir avec l’hérédité », clame-t-il. Ce père à la voix cauteleuse, prêt à « vendre » sa fille à Favier, est un personnage particulièrement déplaisant. On l’imagine facilement en collabo quelques années plus tôt. On sent sourdre la critique de Jeanson, le dialoguiste – et journaliste au Canard Enchaîné à la plume acerbe – contre ces Français moyens peu recommandables. Enfin, Jules, alias Douglas, est adepte du Lettrisme, ce mouvement littéraire contemporain du film, initié par Isidore Isou, Roumain arrivé à Paris en 1945 et organisant des sortes de happenings en interrompant des pièces de théâtre en pleine représentation. Jules, séduit par cette remise en question du sens des mots, prônée par le Lettrisme, lit à sa sœur un poème de son cru, qui doit passer à la radio… Henri Jeanson, le prince du dialogue, le roi des « mots d’auteur », s’amuse ici de bonne guerre avec un mouvement d’avant-garde littéraire bien éloigné de son univers…

Le film dans le film.

Il s’amuse aussi en écrivant des dialogues stupides de western, censés être la V.F. d’un film vu dans une salle de cinéma permanent par nos quatre héros – Jouvet, Devillers, Robin et Lapara. Séquence dans laquelle les personnages regardent un écran resté hors-champ, et où Monelle en profite pour faire une avance à Favier en posant sa main sur la sienne… Les personnages sortis de la salle, la mise en abyme du cinéma dans le cinéma se poursuit. Dans la rue, Favier et Monelle observent hors-champ un couple d’amoureux. Ils imaginent les répliques de l’homme et de la femme, tels des acteurs qui doubleraient une scène dans une autre langue. Songeuse, Monelle susurre : « Les amoureux sont seuls au monde », phrase qui deviendra le titre de la fatale chanson composée par le maître. Une chanson secrète à l’origine du malentendu qui entraînera le geste irrémédiable de Sylvia…

Le film de Decoin est particulièrement riche de ces constantes mises en abyme du film dans le film. La plus évidente est celle du prologue, dans laquelle, sur le mode d’une comédie sophistiquée à l’américaine, Favier et Sylvia feignent de se rencontrer pour la première fois dans une guinguette des environs de Paris. Ils ont décidé de se rejouer les premiers émois, et le spectateur, d’abord mystifié, n’y voit que du feu. Favier en rajoute même une couche dans la mise en abyme, en suggérant à Sylvia d’imaginer qu’ils sont au cinéma, s’observant eux-mêmes jouer la scène de la rencontre, et se demandant quand l’homme et la femme vont enfin s’avouer leurs sentiments…

Où est le vrai ? Où est le faux ? Cette question reste lancinante tout au long du film. L’amour de Favier et de Monelle a été fabriqué de toutes pièces par un journal à scandale. Tout le monde y a cru, les principaux intéressés les premiers. Même Favier, pas né de la dernière pluie, s’est laissé prendre au jeu, comme entraîné par un démon de midi qu’il finira par reconnaître absurde et passager – une sorte de « rhume » !

Mais la comédie finit en tragédie, car il est un personnage qui ne triche pas, c’est Sylvia. Sémillante au début du film, boute-en-train dans le bal du prologue, elle glisse insensiblement vers la tragédie. Conformément au système du film, elle organise son suicide en metteur en scène scrupuleux, s’observant jusqu’au bout dans le miroir, tombant majestueusement au sol dans un plan dont la belle composition tient du tableau classique.

L’épilogue du film boucle la boucle : Jouvet revient sur les traces de la naissance de son amour avec Sylvia, dans la guinguette bucolique. Mais le triste hiver a succédé au printemps. Le ton est élégiaque. L’horloge de l’auberge a été détraquée par Favier lors de sa dernière venue avec son épouse : le temps s’est comme figé. Glacé. Soixante-dix ans après sa sortie, Les Amoureux sont seuls au monde sait encore nous parler, lui qui interroge brillamment les pièges de la vanité et les chausse-trappes du malentendu en amour. Avec La Vérité sur Bébé Donge (réédité récemment en Blu-ray par Gaumont), il est à n’en pas douter un des films les plus intimes qu’ait livré Henri Decoin.

**

(1) Les producteurs voulurent une fin alternative optimiste pour les territoires hors Hexagone. Cette fin heureuse fut pourtant montrée sur les écrans français : ainsi ils trahirent Jeanson, qui y avait consenti à condition que ce dénouement ne soit pas diffusée en France. Cette seconde fin figure dans les bonus de la nouvelle édition Pathé.

(2) Auteur d’une thèse sur Henri Jeanson et un des spécialistes interviewés dans La Belle partition, réalisé par Roland-Jean Charna.

(3) La musique composée par Gérard Favier est celle d’Henri Sauguet. Pour en savoir plus ce compositeur, voir La Belle partition (bonus Pathé)

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Posté par Julien Beauchene le 11-04-2018

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