LA TOUR VERTE — ENTRETIEN AVEC ROBERT DE LAROCHE

J’ai connu Robert de Laroche au Salon du Livre à Paris. Quelques mètres séparaient son stand de La Tour Verte de celui que je tenais à l’époque, région Pays de la Loire. Des années ont passé. De l’eau a coulé sous les ponts, dirait l’autre. Porte de Versailles, les éditeurs font le tour des stands pour discuter en buvant un café, jauger le « collègue » parfois, hasarder l’association, passer le temps souvent. On n’est pas loin de l’espace Champerret au moment des vieux papiers.

D’entrée de jeu, avec Robert, nous avons parlé de cinéma fantastique, sans trop de nostalgie toutefois, de la génération Midi-minuiste qui est la sienne. Ce cinéma fantastique, bis, je l’ai connu bien après les fantastiques années 1960, quelque trente ans plus tard dans les vidéo-clubs de province, sur les rayonnages du haut : films d’horreur, outrageux, et sur Canal+ grâce à Jean-Pierre Dionnet. Puis vint la découverte des fanzines bricolés et des revues de chapelles (évidemment Midi-Minuit Fantastique, très rare à trouver encore – c’était bien avant l’intégrale éditée depuis lors par Rouge Profond). Ma conscience critique prit peu à peu forme. Enfin, en cette même période du début du millénaire, c’est à travers les textes fondateurs de Jacques Goimard, publiés naguère dans Le Monde, Fiction et Positif, mais recueillis par l’auteur lui-même dans une forme d’autobiographie « critique » en quatre volumes de poche (Univers sans Limites) que ma passion pour la Science-fiction et le fantastique atteignit son aboutissement.

Mais revenons à notre sujet. Avec Robert de Laroche nous avons gardé contact. Puis nos chemins se sont séparés un temps. Récemment, après la parution d’un ouvrage de textes signés par Marcel Carné et davantage encore avec le travail accompli par Christine Leteux sur la Continental Films en 2017, j’ai renvoyé un mail à Robert et cela a abouti à l’entretien qui suit.

Un entretien passionnant où il est question de faire l’examen, avec les outils mis à disposition, du métier d’éditeur, de réfléchir sur la matière éditoriale et de penser l’avenir. Certes, l’entretien s’ouvre sur ce cinéma fantastique dont je parle plus haut (l’actualité de La Tour Verte l’exige), mais très vite, on jette un voile pudique sur les querelles de clocher et la nostalgie feinte. On entre dans le concret. Comment édite-t-on aujourd’hui des livres de ou sur le cinéma ? Comment, pour reprendre Serge Daney, devient-on les passeurs de demain ?

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L’œil du Témoin — Depuis notre dernière rencontre, il y a près de cinq ans, tu as poursuivi ta précieuse collection « La Muse Celluloïd ». Que s’est-il passé depuis ?

Robert de Laroche — Le mouvement s’est accéléré ! Entre les livres sur les cinéastes et ceux sur les comédiens ou les films, la collection compte à présent seize volumes, puisque depuis Continental Films écrit par Christine Leteux, je viens de sortir Mario Bava, un désir d’ambiguïté d’Alberto Pezzotta, qui a été traduit par Edgard Baltzer. Edgard est passionné par son sujet, et avec l’accord de l’auteur, il a ajouté à cette étude, déjà excellente, des chapitres sur les rapports entre Bava et Fellini, les origines du Masque du Démon (avec les dialogues des scènes coupées), et une filmographie absolument phénoménale ! C’est ma première incursion vers le genre fantastique que j’aime énormément, mais cela reste dans la ligne éditoriale de la collection, qui vise avant tout à mettre en lumière le patrimoine. J’avoue que l’expérience Bava me donne envie d’ouvrir « La Muse Celluloïd » à d’autres maîtres du fantastique que j’admire depuis l’adolescence. Ma cinéphilie a commencé sous les auspices du cinéma allemand expressionniste, et du fantastique que je découvrais au gré des sorties ou des rééditions : Tod Browning, James Whale, Terence Fisher, Roger Corman, Mario Bava, et les autres. C’est ce cinéma-là (tout comme la littérature fantastique) qui m’a ouvert au cinéma (et à la littérature) en général. Reste à trouver les auteurs capables de rendre justice à tous ces maîtres, ou les ouvrages déjà existants que l’on pourrait traduire. Mais pour ma collection, de Georges Méliès à Mag Bodard, en passant par Albert Capellani, Jean Epstein, Marcel Carné, Maurice Tourneur, Sacha Guitry, Max Ophüls, François Truffaut, Kevin Brownlow, Simone Simon, Corinne Luchaire, Arletty, Giulietta Masina, le champ est vaste ! C’est vrai qu’il est également subjectif, et que j’accepte avant tout des projets qui correspondent à mes goûts ou qui ont titillé ma curiosité. On m’a proposé des choses qui auraient pu être de bonnes idées commerciales mais qui, pour moi, auraient relevé de la prostitution ! Maintenant, libraires, journalistes et cinéphiles commencent à bien identifier la collection, et cette reconnaissance me fait plaisir. Le très gros succès, critique et public, du Continental Films, a été une vraie satisfaction, car c’est un livre qui a coûté assez cher. Pour ne rien arranger, un autre ouvrage sur le même sujet était sorti quelques mois plus tôt. Personne n’en a parlé, parce qu’il n’y avait pas grand-chose à en dire. Christine Leteux, pour sa part, avait fait de longues et patientes recherches, et son livre apportait vraiment des réponses à une histoire demeurée mystérieuse et pleine de « on-dit ». D’ailleurs, Bertrand Tavernier ne se serait pas passionné pour le projet (il a écrit une préface très enthousiaste) si ç’avait été du vent…

L’œil du Témoin — Peux-tu nous présenter dans les détails le travail de Christine Leteux dont la publication de Continental Films a justement été couronnée de succès ?

Robert de Laroche — Christine Leteux est une vraie chercheuse, qui travaille avec rigueur, sans doute parce qu’elle est au départ une scientifique, et c’est pourquoi j’apprécie son travail. Elle a un côté Sherlock Holmes que j’adore ! J’ai découvert grâce à elle Albert Capellani, puis j’avais accueilli avec enthousiasme son importante biographie de Maurice Tourneur, cinéaste passionnant dont on connaît très mal la carrière américaine. Quand elle m’a dit qu’elle faisait des recherches sur la période de l’Occupation, j’étais certain qu’elle arriverait à parler de la Continental Films d’une manière nouvelle. Elle a mis plus d’un an à consulter diverses archives. De mon côté, des problèmes de santé et l’échec d’un superbe beau livre consacré à l’œuvre photographique de Jacques Rouchon (qui travaillait après guerre chez Rapho avec Sabine Weiss et Robert Doisneau), Revoir Paris, m’ont obligé à passer un an en « roue libre », et le retour à l’activité a correspondu à la remise de son manuscrit. Ce qui m’a passionné. Christine a en effet jeté un pavé dans la mare, et son livre a obtenu, et continue encore, de rencontrer un très gros succès. Il est facile de comprendre pourquoi : elle a réussi à donner une forme captivante à ses découvertes, quasiment celle d’un thriller, à mettre en lumière des personnages souvent ignorés, comme tous les Russes qui travaillaient pour la Continental, et à tenir en haleine le lecteur. C’est un ouvrage qui a de quoi combler le cinéphile et le passionné d’histoire. Le livre a même reçu le Prix du meilleur livre français de cinéma 2017 décerné par le Syndicat Français de la Critique de Cinéma.

L’œil du Témoin — Pourquoi avoir entrepris une monographie sur Mag Bodard en particulier ? Peux-tu la présenter ?

Robert de Laroche — C’est ma seule incursion (avec un petit volume de correspondance de François Truffaut) dans les années 1960. Le projet m’a été amené par le producteur Philippe Martin sur le conseil de Serge Toubiana, qui était alors directeur de la Cinémathèque française. Philippe Martin a eu la très bonne idée, pendant plusieurs années, de faire parler Mag Bodard (qui a aujourd’hui 101 ans !) de son activité de productrice, extrêmement brillante et audacieuse. Comment ne pas être plein d’admiration pour une femme qui a produit aussi bien Robert Bresson que Jacques Demy, Agnès Varda, Jean-Luc Godard, Maurice Pialat et Alain Resnais, des films de divertissement raffinés de Michel Deville, ou des projets très ambitieux d’André Delvaux ? Comme Mag Bodard n’a pas sa langue dans sa poche, elle brosse un tableau très vivant du cinéma de ces années-là, et ses souvenirs m’ont passionné. Je dois dire, outre le fait que ces souvenirs étaient particulièrement précis et éclairants sur des cinéastes de premier plan, que Mag Bodard est quelqu’un que j’admire profondément. Quand j’étais jeune journaliste de cinéma, aller à une projection chez Mag Bodard, à Parc Film, rue des Dames Augustines, à Neuilly, c’était la garantie de voir à chaque fois ou presque (elle n’a que très peu de nanars à son actif, genre Nick Carter et le trèfle rouge [Jean-Paul Savignac, 1965] ou L’Histoire très bonne et très joyeuse de Colinot Trousse-Chemise [Nina Companeez, 1973]), un film de qualité. Bien sûr, on se souvient de la femme qui a produit Les Parapluies de Cherbourg (Jacques Demy, 1964), Le Bonheur (Agnès Varda, 1965), Les Demoiselles de Rochefort (Jacques Demy, 1967), La Chinoise (Jean-Luc Godard, 1967), Benjamin ou les Mémoires d’un Puceau (Michel Deville, 1968), L’Enfance Nue (Michel Pialat, 1968), Une Femme Douce (Robert Bresson, 1969), Je t’aime, Je t’aime (Alain Resnais, (1968)… En ce qui me concerne, je garde une place spéciale pour les deux films d’André Delvaux, Un Soir Un Train (1968), et Rendez-vous à Bray (1971), qui avaient produit sur moi une impression durable, l’incursion d’un fantastique littéraire très nouveau à cette époque.

L’œil du Témoin — Comment as-tu travaillé au seul ouvrage de la collection que tu as signé, Arletty, paroles retrouvées ?

Robert de Laroche — En fait, il s’agit d’une série d’entretiens que j’avais faits avec Arletty pour la radio, fin 1985. Je la connaissais, nous avions déjeuné plusieurs fois ensemble, elle se montrait tout à fait bienveillante à mon égard, et je lui avais demandé si je pouvais venir la voir avec un Nagra, et lui faire évoquer des périodes de sa vie dont elle avait envie de parler. Elle dit beaucoup de choses fascinantes sur son enfance, ses débuts de modèle pour les peintres, de chanteuse d’opérette, et bien sûr, elle parle de théâtre et de cinéma. C’était une sacrée bonne femme. Droite et élégante. Physiquement et moralement. Intelligence très vive. Elle avait tout lu ! On avait glissé sur la période de la Seconde Guerre mondiale, parce que tout le monde en avait abondamment parlé. Le livre est la transcription fidèle de ces entretiens, et j’y retrouve la voix d’Arletty. Sa fréquentation m’a persuadé d’une chose : Henri Jeanson, Jacques Prévert et les autres ont dû bien l’écouter avant de lui écrire ses dialogues, parce qu’elle avait elle-même un sens de la formule qui fait mouche, absolument génial ! Très drôle, et très vacharde quand elle voulait. Surtout quand elle n’aimait pas quelqu’un… Un humour à froid, implacable. On parlait devant elle d’une actrice dont une des personnes présentes disait qu’elle était très seule. « Impossible, lance Arletty. Elle et sa connerie, elles se tiennent compagnie ! »

 

 

 

 

L’œil du Témoin — Au sein d’une ligne éditoriale qui se tient, tu as publié le récit de tournage de En Angleterre Occupée (It Happened Here, 1965). Comment s’est passée ta collaboration avec l’historien Kevin Brownlow ?

Robert de Laroche — Nous avons parlé au téléphone, un certain nombre de fois, car en fait, c’est par ce livre que j’ai rencontré Christine Leteux, qui a attiré mon attention sur son existence, me l’a fait parvenir, et qui l’a traduit. Elle est très amie avec Kevin, avec qui elle partage la passion du cinéma muet. En ce qui me concerne, j’avais vu En Angleterre occupée, que Kevin a coréalisé avec Andrew Mollo, à Paris, quand j’avais quatorze ans, au cinéma Napoléon. C’est mon ami Elliott Stein, qui était critique au New York Times, qui m’avait emmené avec lui, en me disant qu’il fallait absolument que je voie ça. Je dois dire que le film m’avait beaucoup impressionné. C’était fait à l’évidence avec des bouts de ficelle, mais le résultat était très impressionnant. On y croyait ! Ce n’est pas une chose évidente que de réussir à ce point le parti-pris d’une uchronie, de partir d’une possibilité historique (les Allemands envahissent l’Angleterre en 1940) et de réussir à la rendre réaliste. Le film était resté dans ma mémoire. J’étais donc en pays de connaissance ! Kevin Brownlow avait écrit, quatre ans après le tournage, ce How it happened here (1968), où il racontait toutes les péripéties autour de la réalisation terriblement compliquée, hasardeuse et difficile de son film. Ce livre est un journal de tournage, extrêmement intéressant, et en plus, bourré d’humour typiquement british. Entre-temps, Kevin a réussi a restaurer En Angleterre Occupée, à y replacer les séquences coupées à l’époque par la censure, et le film allait sortir, en 2014, en DVD. C’est Doriane Films qui en assurait l’édition, et nous avons donc fait un partenariat pour sortir le DVD et le livre au même moment. Malheureusement, la diffusion du livre a été plutôt confidentielle. Mais je ne regrette pas. Je persiste à dire que c’est un des meilleurs récits de tournage que j’ai pu lire.Et mon admiration pour Kevin Brownlow est sans bornes : il a su préserver la mémoire de personnages importants aujourd’hui disparus, et restaurer tant de films muets, qui auraient disparu sans son initiative.

L’œil du Témoin — Revenons à Christine Leteux et à Continental Films, qui ressemble d’un point de vue de l’écriture et de la construction, à un film passionnant. Par ailleurs, l’auteur aurait tiré des leçons des erreurs (relatives) commises par le passé par certains historiens, « remplissant » en outre quelques zones d’ombre, mais en ne perdant toutefois pas de vue les anciennes références qui faisaient encore autorité voici peu : l’ouvrage de René Château et surtout celui de Jacques Siclier, paru en 1980, et en son temps sujet à controverses. J’estime que Christine Leteux a soutenu sur le sujet la thèse la plus complète.

Robert de Laroche — Je partage ton avis. Christine Leteux a dépoussiéré tout ce qu’on disait, écrivait ou colportait sur cet épisode en fin de compte très mal connu. Elle a volontairement écarté de son histoire tout ce qui n’était pas vérifiable, tous les ragots ou les affirmations qui ne tenaient pas debout, comme le fait de dire qu’Harry Baur était juif, ce qui est faux, ou que Danielle Darrieux était allée de son plein gré à Berlin en 1942. En fait, depuis l’ouverture au public des dossiers d’archives de la période de l’Occupation, personne n’avait pris le temps d’aller y regarder de très près. Elle l’a fait, et son livre est passionnant. Tout comme elle est la première à montrer celui qu’on appelle toujours le « mystérieux » Alfred Greven (le patron de la Continental) sous un jour nettement moins lisse et sympathique que par le passé. Un homme d’affaires, pas cinéphile pour deux sous, mais conscient du potentiel artistique et commercial de celles et ceux qui travaillaient sous ses ordres, mais qui n’hésitait pas à les menacer en cas d’indiscipline. Christine Leteux montre aussi le courage et le double jeu de certains, comme Jean-Paul Le Chanois ou Henri Decoin. Et l’incohérence de Greven qui ne pouvait pas ignorer, en faisant tourner Claude Génia dans La vie de plaisir (Albert Valentin, 1944), qu’il engageait une actrice juive. C’est ça qui est troublant, cette zone d’ombre qui continue malgré tout à accompagner la silhouette de Greven. Était-il au courant de ce qui se tramait en secret dans sa société ? Laissait-il faire à dessein pour se dédouaner plus tard, quand l’issue du conflit à commencé à ne plus faire de doute ?

 

 

 

L’œil du Témoin — Premier de Cordée de Louis Daquin (adaptation de 1944 du roman de Frison-Roche paru chez Arthaud en 1941 avant le célèbre roman de Maurice Herzog et les fameux récits de voyages chers à ce même éditeur) est ressorti en salle à la fin de l’année dernière. J’ai pu voir, à l’occasion du festival Lumière de Lyon, la copie restaurée. Celle-ci est prévue en Blu-ray chez Pathé en avril 2018. Comment rétrospectivement analyse-t-on le film à l’aube de la Libération ? Même s’il ne s’agit pas du production Continental ?

Robert de Laroche — Là, tu me poses une colle ! J’ai vu le film il y a bien longtemps, il faudrait que je revoie cette copie restaurée. C’est vrai qu’à l’époque où il a été tourné, fin 1943, il exaltait plutôt la morale pétainiste, tout en ayant été réalisé par un cinéaste communiste, et dont on ignorait à l’époque qu’il faisait partie d’un réseau de résistants. C’est une ambiguïté de plus dans le cinéma de l’Occupation… Mais il y a là encore le sujet d’un livre à écrire, sous l’éclairage des découvertes faites par Christine Leteux, et que d’autres chercheurs vont, je l’espère, continuer à enrichir. Il est évident que personne n’était ni noir ni blanc, à cette époque. La notion de collaboration doit-elle être prise en compte dès lors que quelqu’un a continué à travailler pendant l’Occupation, ou peut-on dédouaner quiconque s’est contenté de faire son métier sans aucune action néfaste (dénonciations, adhésion aux idées nazies, etc.) ? C’est sans doute ce qui nous rend si passionnant, avec le recul de plus de soixante-dix ans, ces deux-cent vingt films de l’Occupation. Une sorte de jeu de piste, où l’on tente de saisir le message qui peut se cacher derrière des films où le divertissement, la gaieté (feinte, mais obligatoire), le romanesque, le fantastique, l’évocation historique, le polar permettaient parfois de « noyer le poisson ». Je pense à La Symphonie Fantastique (Christian-Jaque, 1942), production Continental qui est une évocation de la vie d’Hector Berlioz, où le cinéaste exaltait si bien le génie français que Goebbels passa un savon monumental à Greven et fit interdire la projection du film en Allemagne ! C’est un exemple parmi d’autres, et il y en a tant dans ce cinéma réalisé sous le regard de l’Occupant…

L’œil du Témoin — Quels auteurs français envisages-tu pour la suite de la collection « La Muse Celluloïd » ?

Robert de Laroche — Je suis un peu dans l’expectative. Cela va peut-être te surprendre, mais on ne me propose rien de convaincant, et je préfère le silence à la médiocrité. Mais je suis certain que la collection a de l’avenir ! Il y a de jolies idées, mais qui pour moi seraient franchement suicidaires : je n’en vendrais pas plus de cent, et ça, je ne peux pas me le permettre ! Et puis, pardon d’évoquer un problème personnel, mais après avoir traversé des années très difficiles sur un plan familial, j’ai passé l’année 2017 en reclus, à la suite d’un décollement de la rétine à l’œil gauche. Deux opérations très lourdes, un œil en moins pendant des mois, et une angoisse que je n’ai pu exorciser qu’en revenant à mes premières amours : l’écriture. Mon premier roman, Méphisto vit toujours à Venise, dernière chose que j’avais écrite, remontait à 2012. J’avais besoin de m’y remettre, avec quelque chose que je n’avais jamais abordé : un polar historique. Je l’ai donc écrit, pendant cette année de repos forcé, d’un œil puis des deux, puis à nouveau d’un œil, avant de terminer avec les deux ! Je suis en train de le corriger et de le relire. Je me sentirai mieux quand il sera lancé dans la nature. Je pourrai me consacrer à La Tour Verte avec plus de sérénité. Mais à l’évidence, je me concentrerai sur la collection de cinéma, et un peu aussi sur celle qui est consacrée à « L’autre Venise ».

L’œil du Témoin — Je pense qu’un réalisateur tel que Pierre Chenal mériterait qu’on s’y attarde, ne fût-ce que pour sa filmographie inégale mais toujours originale (je pense à ses films argentins, notamment Native Son d’après Richard Wright et surtout le magnifique et trop rare Se abre el abismo avec Guillermo Battaglia, revu chez Torre Nilsson, film que j’ai vu dans des conditions épouvantables).

Robert de Laroche — Voilà un cinéaste important et bien souvent oublié qui trouverait évidemment sa place dans « la Muse Celluloïd ». J’aime beaucoup ses films, très personnels, et là je parle de ceux que je connais le mieux, ceux qu’il a réalisés en France dans les années 1930, comme L’Alibi (1937), avec von Stroheim, L’Affaire Lafarge (1938), L’Homme de Nulle Part (1937), d’après Pirandello, La Maison du Maltais (1938)… Un sens extraordinaire de l’atmosphère, des personnages bien typés, un cinéma très noir, très dur. Vite, un auteur pour l’écrire !

Propos recueillis par Julien Beauchêne

Droits des images réservés.

Posté par Julien Beauchene le 05-04-2018

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