DEUX CHARLTON HESTON CHEZ ÉLÉPHANT

par Yohann Chanoir

Film produit et distribué par Universal, Sauvez le Neptune (Gray Lady Down, David Greene, 1978) fait l’objet d’une réédition en Blu-ray et DVD chez Éléphant Films.

Panique à bord !

Sous-marin nucléaire américain, le USS Neptune rentre de mission. Dirigé par le capitaine Blanchard (Charlton Heston), vieux briscard à qui on ne la fait pas, le bâtiment fait surface dans un brouillard épais. C’est alors qu’un cargo norvégien le percute. Endommagé, le sous-marin coule et s’échoue sur une saillie à proximité d’une faille. La situation est critique, l’oxygène se fait rare et la position du submersible est des plus instables. Les survivants doivent attendre les secours.

Un rejeton tardif du film catastrophe

Sauvez le Neptune nage dans les eaux d’un courant filmique qui a eu son heure de gloire dans les années 1970. Le film propose en effet une variation sous-marine de l’histoire d’un artefact humain en proie à des problèmes techniques. Dans le registre, le spectateur avait déjà vu les soucis d’un paquebot de luxe (L’Aventure du Poséidon, [The Poseidon Adventure, Ronald Neame, 1972]), d’un 747 (747 en péril [Airport 75, Jack Smight, 1974]), d’un gratte-ciel (La Tour infernale [The Towering Inferno, John Guillermin, 1974]). Produit en 1978 – un peu tardif quant au reste du cycle –, Sauvez le Neptune ne s’inscrit pas moins dans une filmographie qui a ses rites et ses passages obligés.

Tout bon film catastrophe repose sur un casting d’exception. Sans offrir la pléiade de grands noms du cinéma comme La Tour infernale, Sauvez le Neptune a à son bord un équipage de belle allure. Au gouvernail, Charlton Heston joue le rôle d’un commandant chevronné. Comme le remarque un des auteurs du Guide des films, pour une fois, Heston n’est pas « un surhomme mais un capitaine malchanceux et souvent dépassé » (1). Il joue en effet un homme à la force tranquille, confronté à un événement extraordinaire, qui le fait sortir de sa zone de confort. En alternant autorité (on ne rigole pas dans la Navy) et sollicitude, Heston parvient à maîtriser ce qui peut encore l’être. Sa persona, il est vrai, le rend particulièrement crédible dans ce type de rôle. Rappelons que les commandants de sous-marins nucléaires de la marine américaine ne sont ni des perdreaux de l’année, ni des enfants de chœur. Heston écrase ainsi Ronny Cox, qui joue le second, passant vraiment à l’arrière-plan devant la prestation du premier.

À ses côtés, on trouve Christopher Reeve, jeune moussaillon pas encore connu pour jouer un journaliste appréciant les slips rouges ; le roué Stacy Keach, parfait comme souvent, qui dirige les opérations de secours. Il y a également David Carradine, alors star du petit écran avec la série Kung Fu. On trouve aussi Ned Beatty, figure bien connue des cinéphiles. Hormis le casting, on trouve un autre élément qui rattache cette réalisation à une tradition : le clin d’œil. Les marins, pour passer le temps en attendant les secours, se regardent en effet… Les Dents de la mer (Jaws, Steven Spielberg, 1975) ! On a vu programme plus approprié dans de telles circonstances, me direz-vous, mais la séquence projetée apporte un réel effet comique dans une situation qui ne l’est en rien !

Des effets spéciaux de qualité

Sans être exceptionnels, les effets spéciaux sont crédibles. La qualité de la réédition participe aussi à leur crédibilité, sauf les scènes où la maquette se laisse trop deviner. Universal est toujours dans le recyclage et n’offre pas toujours aux éditeurs des masters exceptionnels. Mais Éléphant a su tirer son épingle du jeu. Universal est aussi dans le recyclage en termes de structures. Car la maquette du USS Neptune est en fait celle d’un autre submersible, utilisée dans un bon film d’action tourné dix ans plus tôt, Destination Zebra, station polaire (Ice Station Zebra, John Sturges, 1968). Le film bénéficie aussi du concours apporté par la Navy au tournage. Celle-ci a offert généreusement quelques uns de ses bâtiments et prêté ses équipages… Dans un échange de bonnes volontés, consubstantiel à ce type de productions, Sauvez le Neptune met l’accent sur la valeur des gars de la marine. Dans la plus pure tradition de l’armée américaine, le héros, interprété par Carradine, est un officier atypique, mais qui a le sens du devoir et du sacrifice. Les scènes en mer renforcent le réalisme du film et profitent d’un rendu de belle facture. Pour celles et ceux qui cherchent à passer un bon moment de cinéma, pour les adeptes de films à l’ancienne, Sauvez le Neptune est un achat qui s’impose. Les bonus ont l’intérêt de recontextualiser pour les profanes le film dit de sous-marin, de le replacer dans un cadre plus large que le seul film catastrophe. Cela a le mérite de rappeler, une fois de plus, les limites floues et souvent aléatoires de la notion de « genre ». Précisons que ce titre, malgré son faible succès public, ne sera pas le dernier du cycle. Le Syndrome chinois (The China Syndrome, James Bridges, 1979), produit par Columbia, nous fera rester dans l’eau, mais lourde, celle d’une centrale nucléaire sujet à une grave défaillance… Un film qui est donc à retrouver, à découvrir, en tout cas à exhumer des bas-fonds !

Dans le sillage de Sauvez le Neptune, Éléphant Films édite Un Tueur dans la foule (Two-minute Warning, Larry Peerce, 1976) qui relève aussi du film catastrophe. Un homme lourdement armé s’est introduit dans le Los Angeles Memorial Coliseum lors de la finale du Superbowl. Caché derrière le panneau des scores, il est repéré par hasard par le dirigeable Goodyear qui filme les plans aériens du match. Surveillé par les services de police, sa présence mobilise le SWAT, équivalent de notre GIPN et/ou de notre RAID, car le président lui-même est attendu…

Un film catastrophe ?

Un Tueur dans la foule appartient aux films catastrophe. Plusieurs éléments le rangent dans cette catégorie. Il dispose déjà d’un casting impressionnant. Aux côtés de Charlton Heston, capitaine du LAPD, on trouve John Cassavetes en sergent du SWAT. Les deux acteurs offrent une prestation de qualité. Heston retrouve son rôle fétiche de leader qui ne doute pas. Cassavetes, fidèle à sa persona, joue un homme décidé à en découdre. À leurs côtés, on trouve une véritable dream team. Compagne de Cassavetes à la ville, Gene Rowlands joue une femme échouée dans la routine d’un couple. Son mari est interprété par David Janssen, inoubliable journaliste des Bérets verts (The Green Berets, John Wayne et Ray Kellog, 1968). On rencontre également, dans l’assistance de cette finale, Mitchell Ryan (Magnum Force, Ted Post, 1973) en prêtre catholique, Beau Bridges (Susie et les Baker Boys [The Fabulous Baker Boys, Steve Kloves, 1989]) en père de famille au chômage (père célibataire et ouvrier dans Norma Rae [Martin Ritt, 1979]), ou encore Walter Pidgeon (Qu’elle était verte ma vallée [How Green was my Valley, John Ford, 1941]) en pickpocket expérimenté, etc. Autant dire que le film offre aux spectateurs une belle brochette d’acteurs et d’actrices hollywoodiens des années 1970. Les fans de football américain retrouveront également Joe Kapp (né en 1938), ex quarterback des Boston Patriots dans le rôle d’un joueur (on le reverra dans Les Faux-Durs [Semi-Tough, Michael Ritchie, 1977]). Second élément qui détermine son appartenance à un courant filmique typique de la période : la catastrophe en elle-même. Elle donne lieu à des mouvements de foule en panique qui ont dû faire une forte impression en 1976. Toutefois, si l’aspect a un peu vieilli, il ne reste pas moins que le suspense est nourri et l’action, dans le dernier tiers, au rendez-vous. Le fait de filmer dans l’enceinte même du stade, lors d’un match universitaire, renforce la crédibilité de la réalisation.

Une peur d’hier et d’aujourd’hui

Qui n’est jamais allé aux États-Unis pendant une finale du Superbowl ne peut comprendre la ferveur qui se déploie à l’écran, la folie des paris engagés, le brassage des populations, etc. Porter atteinte au Superbowl est un véritable crime de lèse-majesté en Amérique du Nord. Le romancier Thomas Harris signera d’ailleurs un de ses plus beaux romans, Black Sunday (1975) en évoquant un attentat lors de la finale. Le roman sera en outre adapté en 1977 par John Frankenheimer. Le contexte actuel rend ce film d’autant plus angoissant en mettant en scène un « loup solitaire », prêt à tout, n’ayant pas peur de mourir et pour qui la vie d’autrui n’a aucun prix. Notre contexte renforce donc la force du film et lui offre une nouvelle acuité, déjà nourrie par la qualité de la réédition. Le seul défaut du film est sans doute dans la présentation des personnages, assurément longue, qui retarde l’action et qui dilue l’intérêt. Toutefois, dès que les tirs démarrent, cela devient angoissant, voire spectaculaire, notamment avec la mort des membres du SWAT que le tireur descend au fur et à mesure. La force d’Un Tueur dans la foule réside de ce fait dans ces séquences d’action et dans les mouvements de panique. La réalisation s’achève par un constat assez amer de Cassavettes sur le rôle des médias, constat toujours très actuel. Sans être un film du côté de la loi et l’ordre, chers à Nixon, ce titre a le mérite de souligner la complexité de la mission des forces de police confrontées à de tels personnages. Au bout du compte, Un Tueur dans la foule offre un divertissement agréable. Le Blu-ray propose en supplément une version de 141 minutes, apparemment montée pour le passage à la télévision américaine.

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(1) Tulard, Jean, Guide des films, P-Z, tome 3, Paris, Robert Laffont, 2002, p. 2657.

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Posté par Julien Beauchene le 26-01-2018

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