L’HÉRITAGE DE TF1 VIDÉO

Durant l’âge d’or des années laser, TF1 vidéo a toujours cherché à se démarquer des autres éditeurs, y compris des indépendants qui émergeaient alors (Wild Side Vidéo, Carlotta). On se souvient de sa contribution à l’édition de cinéma de genre qui, à l’instar de Canal Plus Vidéo (Cinéma de Quartier, Les Films Inclassables-Marc Caro) ou Anchor Bay aux États-Unis, devait répondre à une demande croissante des cinéphilies de niche. Ainsi, au tout début du millénaire, on put voir et revoir chez soi : Hellraiser (certes, présenté dans sa version censurée), Les sévices de Dracula, les deux House, les suites de Phantasm, etc. C’était une époque bénie pour les bisseux de la génération vidéo-club qui retrouvaient avec l’ère du numérique un second souffle.

Les années passèrent. L’éditeur TF1, comme d’autres, supporta tant bien que mal les années sombres du DVD au milieu des années 2000 qui marquèrent, par ailleurs, le début du déclin de la vidéo, coïncidant cependant avec l’apparition de nouveaux supports : le Blu-ray et le HD-DVD.

Depuis quelques années, de nouveaux éditeurs indépendants sont apparus sur le marché français, tentant de maintenir hors de l’eau un second âge du numérique haute définition, parmi lesquels Sidonis-Calysta, spécialisé dans le western classique et ESC dont certaines éditions, malgré des sorties irrégulières d’un point de vue technique, sont tout de même notables (Le Port de la Drogue, Femme ou Maîtresse, Phantasm). Les pionniers de chez Carlotta – qui demeure la référence en tant qu’indépendant – ont aussi augmenté en 2016-17, nonobstant la tenue du marché de la HD sur le territoire, le nombre de parutions haute-définition (on pense naturellement à leur collection UHC puis à la reprise de la collection italienne). Pour autant, en France il nous manque des Arrow, des Eureka! ou encore des Indicator, ce dernier étant l’un des derniers éditeurs apparus outre-Manche. Beaucoup de restaurations financées par les majors et trouvant éditions à l’étranger ne paraissent toujours pas chez nous. Prenons pour exemple : L’homme Tranquille, Johnny Guitar, La Dernière Séance, Horizons Lointains, etc. Ainsi va le marché.

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C’est dans ce désordre éditorial somme toute relatif que TF1 vidéo, fort d’un catalogue très riche, a repris la main et entend bien s’imposer une fois de plus comme un éditeur de référence dans le domaine de l’édition numérique haute définition.

Deux collections sont à signaler. La première, modeste du point de vue de la présentation, réédite quelques titres déjà parus en DVD mais depuis épuisés : Et Dieu créa la Femme, Diabolo Menthe, La Petite Voleuse, Sept morts sur ordonnance, Adieu Poulet (ce dernier annoncé pour 2018). Ce sont des éditions techniquement solides qui reprennent des restauration récentes à 2K ou 4K (Sophie Dulac a ressorti en salle Diabolo Menthe l’été dernier).

La seconde, celle qu’il nous faudra surveiller et qui impose définitivement TF1 vidéo parmi les éditeurs français indispensables, c’est la collection « Héritage », qui a vu voici quelques semaines son catalogue s’agrémenter de deux titres événement : Les Diaboliques et Le Salaire de la Peur d’Henri-Georges Clouzot, proposés dans leur récente restauration, celle qui fera autorité pour quelques années. Ces deux éditions historiques (signalons d’autres Clouzot parus chez Studio Canal et Gaumont) sont concomitantes à la rétrospective Le Mystère Clouzot (Lyon et Paris), entreprise de réhabilitation totale d’un des metteurs-en-scène français les plus subversifs, incompris, critiqués. Nous ne reviendrons pas sur les films, largement étudiés depuis de nombreuses années. Ils ont leurs exégètes.

Quelques mois auparavant, TF1 dans cette même collection « Héritage » – qui propose le film en Blu-ray et un livret richement documenté et à l’iconographie soignée, notons le travail ! – avait proposé deux films de Claude Miller aussi restaurés : Garde à vue et Mortelle Randonnée. La vague précédente, en plus d’une édition définitive du chef-d’œuvre de Jean Grémillon, Gueule d’amour, c’était Rocco et ses Frères qui avait profité de l’apport de la HD, surtout après des éditions DVD passables, voire décevantes et proposées parfois uniquement en version française, co-éditées au demeurant par TF1 et René Château.

La collection « Héritage » était inaugurée il y a deux ans avec deux grands films attendus depuis longtemps : Panique de Julien Duvivier (naguère édité en DVD par LCJ) et Le Carrosse d’or de Jean Renoir dans ses deux montages. Puisse TF1 vidéo enrichir son catalogue au fil des ans, pour le bien et la survie du cinéma de patrimoine sur support. C’est tout le mal qu’on souhaite.

Posté par Julien Beauchene le 06-01-2018

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