DIABOLO MENTHE (DIANE KURYS, 1977)

Cet été vous avez pu apprécier au cinéma la reprise dans une version restaurée (distribuée par Sophie Dulac) du classique de Diane Kurys, Diabolo Menthe, immortalisé d’abord par la chanson d’Yves Simon, publiée sous forme de 45-tours fin 1977, avant de devenir un grand succès en salle totalisant 3 013 638 entrées en France, puis couronné par le prix Louis Delluc le mercredi 14 décembre 1977 soit le jour de sa sortie.

Un véritable phénomène de société qui trouve et conquiert son public à chaque rediffusion sur les écrans domestiques.

Ce qui est intéressant aujourd’hui à la re-vision de ce petit film, c’est le regard rétrospectif, parfois grave, que porte Diane Kurys sur des adolescentes qui se cherchent et trouvent autre chose que de jouer à la marelle dans la cour du « bahut ». Ces adolescentes-là, qui sont les enfants de la guerre d’Algérie et qui feront Mai-68, observent la société, s’interrogent sur les événements de notre Histoire. Une scène remarquable : en plein cours, Pascale (interprétée par Corinne Dacla) évoque avec ses mots d’adolescente les répressions policières durant les manifestations contre l’OAS et la guerre d’Algérie à la station de métro Charonne. Si elle en parle la mort dans l’âme, c’est parce qu’elle était présente ce jour-là. Seulement, elle était plus jeune. Deux ans plus tard, elle relate devant ses camarades et sa professeure cette « affaire » connue de la France de De Gaulle avec un nouveau regard, ainsi qu’avec des mots simples, mais précis. Bouleversant.

L’histoire est connue. Diane Kurys tourna Diabolo Menthe sur les lieux du lycée Jules-Ferry dans le 9e arrondissement de Paris où elle avait fait sa rentrée la même année que ses petites héroïnes ordinaires. « Je n’avais pas imaginé tourner dans un autre décor que celui de mon lycée. » confie-t-elle. Aussi, à l’instar d’autres films plus ou moins nostalgiques qui ont pour cadre l’école façon « école buissonnière » (rappelons-nous de Zéro de Conduite de Jean Vigo), la réalisatrice se remémore « la blouse beige [qui] était obligatoire. Nous n’avions pas le droit au pantalon et les lycées n’étant pas encore mixtes, les occasions de croiser des garçons étaient rares. » Sur ce dernier point, Diabolo Menthe incarne peut-être le dernier exemple d’un cinéma adolescent – bien qu’il s’agît, à en croire l’affiche dessinée par Floc’h, d’une sorte de American Graffiti à la française – où les questions d’éveil de la sexualité ne sont pas la priorité. Bientôt, c’est la lolita presque nubile Anne Parillaud qui cristallisera toutes les tensions sexuelles dans L’Hôtel de la Plage (Michel Lang, 1978), suivie par la Sophie Marceau de La Boum (Claude Pinoteau, 1980).

L’immense succès de Diabolo Menthe éclipsera hélas quelques bon films réalisés par Diane Kurys dans la décennie suivante, notamment Cocktail Molotov, sorti en 1980, qui peut être vu comme une suite logique et réflexive du précédent en ce qu’il met un terme à toute forme d’innocence au moment des événements de Mai-68. Autre réussite : Coup de Foudre, sorti en 1983, où la réalisatrice, toujours en équilibre sur le fil de la nostalgie, évoque son enfance à Lyon, entre fable et chronique de nos chères années insouciantes. Enfin, Diane Kurys abandonne le cinéma en 2015 avec Arrête ton Cinéma ! adapté d’un roman de son amie Sylvie Testud, qu’elle avait dirigée dans Sagan (2008) et Pour une femme (2013).

Diane Kurys nous fera l’honneur d’être présente au festival Lumière de Lyon du 14 au 22 octobre prochain. Diabolo Menthe a été réédité en Blu-ray (TF1 vidéo) le 5 septembre 2017.

Julien Beauchêne

Posté par Julien Beauchene le 18-09-2017

Réagissez a cet article

comments powered by Disqus